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Société Le traitement réservé aux citoyens musulmans est la vraie mesure des valeurs républicaines

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Depuis les attentats terroristes de 2015 contre le personnel du magazine satirique Charlie Hebdo, la France a été confrontée à une succession d’attaques de ce type par des extrémistes musulmans, dont la plus récente a vu la décapitation en octobre de l’enseignant Samuel Paty et le meurtre de trois personnes à la basilique Notre-Dame de Nice. Le pays s’est retrouvé aux prises avec la question de savoir pourquoi il est devenu une telle cible et comment il devrait réagir.

1200x768_le-7-janvier-2015-le-satirique-charlie-hebdo-subit-une-attaque-terroriste-la-vue-de-...jpegPour le président Macron, la France est la cible de terroristes en raison de sa « liberté d’expression, de son droit de croire, ou non, et de son mode de vie ». Il affirme qu’une forme de « séparatisme islamiste » a trouvé un terrain fertile pour ses idéaux dans certaines parties du pays – et pour contrer cela, le président français a annoncé son plan pour créer un « islam de France », avec une pratique de la foi qui sera réglementée par l’État. Pendant plus de quatre décennies successives, les présidents Français ont cherché à gérer les relations de l’État avec une communauté musulmane ethniquement et religieusement diversifiée, adeptes d’une foi sans structure de direction formelle qui pourrait fournir un intermédiaire évident. Tout cela en vain. Les dirigeants nommés par l’État ont eu du mal à obtenir la reconnaissance de la communauté, tandis que les tentatives, comme celle de Macron, de délimiter aux musulmans les termes de leurs croyances ont peu de chances d’être bien reçues. Sans parler de l’apparente ironie d’un dirigeant laïc définissant les termes de la pratique religieuse.

En France, le concept de laïcité enjoint une délimitation stricte entre l’État et la sphère privée des croyances personnelles. Conçu à l’origine pour protéger les individus de l’intrusion de l’État, et l’État de l’influence religieuse, il a été de plus en plus utilisé ces dernières années pour faire le contraire: empiétant de plus en plus dans la sphère privée des citoyens musulmans: des codes vestimentaires aux besoins alimentaires, en passant par l’éducation religieuse, l’État a cherché à interdire chacun d’entre eux ces dernières années, seulement pour être confronté à la force d’un cadre républicain qui a finalement vu les tribunaux maintenir ses principes.

Alors que le président a été catégorique sur le fait que le problème n’est pas l’islam, mais un rejet des principes républicains, l’orientation rhétorique et politique de son gouvernement a amené beaucoup de gens à penser le contraire. Des débats incessants sur le foulard aux polémiques autour de la classe de natation réservée aux femmes, en passant par le ministre de l’Intérieur feignant de choquer les « rayons ethniques » dans les supermarchés, les habitudes banales de la vie musulmane sont présentées comme des exemples d’un « séparatisme » que l’État lie au terrorisme.

Dans un rapport publié l’année dernière sous le titre « Discrimination contre les musulmans : l’État doit réagir », Amnesty International a dénoncé « le climat hostile et le discours discriminatoire » à l’égard des musulmans, soulignant un discours du ministre de l’Intérieur dans lequel il a énuméré des libertés religieuses très fondamentales, notamment la prière, le jeûne et la croissance de la barbe, comme « signes de radicalisation ». Un homme dont la mosquée a été perquisitionnée en vertu de l’héritage de la législation sur l’état d’urgence post-2015 aurait déclaré: « Le pire, c’est que, s’ils ont de réelles préoccupations, ils lanceraient une enquête, mais comme ça, on a l’impression qu’ils nous punissent pour rien ». Dans un climat de peur et où les idées du parti d’extrême droite de Marine Le Pen en sont venues à définir les termes du discours public autour de l’islam et des musulmans, la réticence du gouvernement à distinguer les formes normales de pratique religieuse des formes d’extrémisme laisse des millions de musulmans Français ouverts à des accusations d’extrémisme.

Les mesures récentes sont justifiées par le fait que des sections de la communauté musulmane sont en conflit avec les valeurs républicaines, mais il y a peu de preuves de cela. En fait, dans la plus grande étude quantitative de la relation entre terrorisme et discrimination en France, des chercheurs du Centre pour l’étude des conflits à Paris ont mis au jour exactement le contraire. Ils ont constaté que dans l’ensemble, les musulmans font profondément confiance aux institutions de la République, plus encore que le groupe témoin, à l’exception des médias et de la police : « Ce qui ressort de l’étude ressemble davantage à une adhésion massive des musulmans Français à la République. »

De manière cruciale, l’étude a révélé que la confiance dans les institutions françaises diminuait avec un seul facteur: les expériences de discrimination, et ce qu’elle prédit c'est que les dernières mesures risquent de l’exacerber. L’étude conclut en disant « qu’il n’y a pas de rejet des valeurs et des institutions de la République en France, par une majorité de musulmans ».

femmes_voilees_paris_3ea9b591f7.jpgLe souci est que la discrimination contre les musulmans en France est déjà répandue dans tous les secteurs, du logement à l’emploi en passant par les interactions avec la police. Selon les propres chiffres du gouvernement, 42% des musulmans (d’autres études estiment le chiffre à 58%) déclarent avoir été victimes de discrimination en raison de leur religion, un chiffre qui s’élève à 60% chez les femmes qui portent un foulard. Un récent sondage YouGov a révélé que 67% des musulmans arabes Français pensent que leur foi est perçue négativement, tandis que 64% disent la même chose de leur appartenance ethnique.

Pour beaucoup, l’autoritarisme rampant qui voit les détails de la vie musulmane problématisés et débattus dans des émissions de télévision aux heures de grande écoute, est révélateur d’une instrumentalisation politique inquiétante du racisme. Depuis 2015, et à la suite de « l’état d’urgence » qui a pris fin en 2017, le parlement Français a approuvé des mesures exceptionnelles qui ont conduit à des milliers de perquisitions abusives et discriminatoires et à des assignations à résidence ciblant de manière disproportionnée les musulmans. Les signes de l’autoritarisme commencent à la marge – mais ils s’arrêtent rarement là.

À la suite des récentes attaques, deux projets de loi profondément controversés ont été avancés par le président Macron. Le projet de loi sur la « sécurité mondiale » a été accueilli par des manifestations de masse dans toute la France. Parmi ses clauses les plus controversées figurent le fait qu’il autoriserait l’utilisation de drones de surveillance, ainsi qu’une éventuelle peine de prison et une amende de 45 000 euros pour toute personne montrant des images pouvant identifier un officier de police ou de l’armée. Le gouvernement affirme que l’exposition de la violence policière dans les médias sociaux et grand public met en danger les policiers individuellement, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin expliquant : « Le cancer de la société est le manque de respect de l’autorité. » Mais les journalistes de toute la France ont tiré la sonnette d’alarme, tandis que le porte-parole de la Commission de l’UE a déclaré : « En période de crise, il est plus important que jamais que les journalistes puissent faire leur travail librement et en toute sécurité. »

Au moment où le projet de loi était débattu, des images ont émergé d’un producteur de musique noir Français, Michel Zecler, brutalement battu par quatre policiers dans son studio à Paris, dans ce que les militants disent être simplement le dernier exemple de brutalité policière endémique. Le nouveau projet de loi criminaliserait la personne qui filme le policier. Aux côtés de groupes de défense des droits de l’homme, de journalistes et d’universitaires, des experts de l’ONU ont appelé la France à revoir l’ensemble du projet de loi, déclarant : « cela aura de graves implications pour le droit à la vie privée, le droit de manifester pacifiquement et la liberté d’expression » et rejetant la concession d’amendements mineurs.

La nouvelle loi sur les « principes républicains » suscite également une inquiétude généralisée. Parmi ses clauses les plus inquiétantes, il y a le fait que toute personne reconnue coupable d'« apologie du terrorisme » – un crime d’opinion dont le nombre a explosé depuis 2015 et qui a vu des enfants aussi jeunes que 10 ans placés en garde à vue – serait automatiquement ajoutée à une liste de surveillance du terrorisme. En un peu plus d’un mois, 270 nouveaux dossiers ont été ouverts.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty en octobre, la France a signalé plus de 400 violations de l’hommage à l’enseignant tué, dont 150 sont considérées comme des « excuses pour le terrorisme », et plus de 50% d’entre elles se sont produites dans un environnement scolaire.

Le ministre français de l’Intérieur a ordonné des enquêtes sur 76 mosquées « soupçonnées de séparatisme » qui font maintenant face à des fermetures potentielles, dans un pays où l’espace de prière est déjà très limité, avec seulement 2 623 mosquées et salles de prière en France pour environ 5,7 millions de musulmans. Au moins 73 mosquées et écoles privées islamiques à travers la France ont été fermées par les autorités depuis janvier pour « extrémisme », mais comme Amnesty l’indique clairement, la « radicalisation » a souvent été utilisée comme un euphémisme pour « musulman pieux ».

La nouvelle loi proposée inclura des contrôles beaucoup plus stricts sur la société civile, y compris et plus particulièrement sur les organisations religieuses musulmanes et les dirigeants qui seront tenus de se conformer à une « charte républicaine » – un véritable test de patriotisme moderne imposé à une communauté suspecte. Les lignes rouges de l’État pour les musulmans sont « l’islam politique » et le financement étranger. Les imams devront être formés par un organisme sanctionné par l’État qui veillera à leur conformité avec la version de la laïcité de l’État, elle-même de plus en plus contestée par le quanto créé pour la surveiller.

Fondamentalement, l’espace que nous appelons liberté, où la société civile, religieuse ou autre, est capable de s’organiser selon ses idéaux, ses principes et ses valeurs, tant que ceux-ci n’enfreignent pas la loi, se rétrécit. Particulièrement encore une fois pour les musulmans. Ces dernières semaines, plusieurs organisations musulmanes, dont la plus grande organisation anti islamophobie de France (CCIF), ont été dissoutes par décret gouvernemental, pour des motifs dénoncés par Amnesty International et un éventail de personnalités et d’organisations publiques, qui ont appelé à un renversement de la décision qualifiée d'« extrême » : « Amnesty International est extrêmement préoccupée par le signal que cela envoie aux ONG et à la lutte contre les discriminations en France. »

Ces projets de loi et les séries de mesures justifiées par la lutte contre le terrorisme érodent profondément les libertés fondamentales en France : la liberté d’expression, d’association, de pensée. En cherchant à éradiquer l’espace de la pensée oppositionnelle au nom du maintien des « principes républicains », la France se trahit elle-même.

Le ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti, a déclaré à la presse que « trop de gens (...) utilisent la loi de 1881 qui protège la liberté d’expression pour exprimer des opinions en conflit avec les valeurs de la République. Pourtant, si la liberté signifie quelque chose, cela signifie le droit d’exprimer des opinions qui sont effectivement en conflit avec l’État – y compris ses revendications de monopole sur le sens des principes républicains. Beaucoup de gens pourraient appeler ce contre-pouvoir populaire la base même de la démocratie.

Au lieu de cela, l’espace pour les points de vue oppositionnels se rétrécit rapidement. Le ministre de l’Éducation de l'époque, Jean-Michel Blanquer, a qualifié les universitaires critiques de l’approche du gouvernement, de « islamo-gauchistes » « intellectuellement complices » du terrorisme pour avoir importé des « idéologies indigénistes, racialistes et décoloniales », qui, selon lui, étaient responsables du « conditionnement » de l’extrémisme violent. L’accusation selon laquelle les universitaires qui remettent en question le récit officiel pourraient fournir le fourrage du terrorisme a conduit à la présentation d’une loi sur la recherche universitaire, approuvée depuis par le Sénat, qui redéfinit et limite la recherche à être « exercée dans le respect des valeurs de la République » – lire, sanctionné par l’État.

Tout comme le président Macron défend la France comme le phare de la liberté d’expression et de la démocratie, son gouvernement est impliqué dans la sape – et cherche à saper – certains des principes les plus chers de la République, à commencer par la liberté de la presse.

Teaser Jeudis Islam France 06.02.2020.pngLe président Macron joue un double jeu dangereux – à l’étranger, il joue sur les différences linguistiques et culturelles pour minimiser les graves préoccupations exprimées par ses propres citoyens dans des publications étrangères, allant jusqu’à contacter le New York Times et accusant les médias anglophones de « légitimer cette violence », probablement en publiant des articles qu’il n’approuve pas. Un éditorial critique dans le Financial Times a été supprimé et remplacé par un éditorial écrit par le président lui-même dans ce que beaucoup ont spéculé n’être que le dernier incident de pression politique exercée sur les journalistes pour qu’ils retirent leurs points de vue critiques. Dans le même temps, Reporters sans frontières a fait état d’une augmentation inquiétante du harcèlement judiciaire à l’encontre des journalistes d’investigation, ainsi que de préoccupations liées à l’indépendance éditoriale.

Il existe de nombreuses façons de mettre fin à la liberté d’expression, y compris en rendant la vérité indicible.

Quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, la ministre française de la Jeunesse a écourté une réunion précédemment prévue avec des étudiants pour discuter de religion parce qu’elle était mal à l’aise avec les préoccupations exprimées autour des préjugés et de l’islamophobie. Nous savons tous que la liberté d’expression n’est jamais absolue, ce n’est certainement pas le cas en France où les lois réglementent déjà les discours de haine. Mais les jeunes ne sont pas naïfs. Ils peuvent repérer l’hypocrisie des politiciens qui leur font la leçon sur la liberté d’expression quand il s’agit d’accepter des caricatures profondément troublantes, mais n’écoutent pas leurs préoccupations concernant la discrimination.

L’état de la liberté d’expression ne se mesure pas à la chaire de l’Élysée. Cela peut être mesuré dans le silence de ceux qui résistent au récit du gouvernement sur qui est le blâme pour la longue liste de malheurs de la France. Mais plus largement, l’état des libertés d’une nation peut toujours être évalué à la marge. Le spectre du terrorisme est un stratagème utile pour rejeter les mesures de plus en plus punitives auxquelles sont confrontés les musulmans Français – mais l’illusion est de croire que leur perte de liberté n’est pas une perte de liberté pour nous tous.

Les terroristes chercheront à agrandir leur portée limitée, transformant une attaque au couteau en un « acte de guerre » internationalement reconnu à travers des cibles symboliques et une violence sanglante. Mais nous pourrions le faire avec une certaine perspective – plus de 3 000 personnes meurent chaque année dans des accidents de la route en France. Plus de 300 personnes meurent chaque jour de la COVID. Depuis 2012, 260 personnes sont mortes dans des attentats terroristes en France. Le spectre du terrorisme justifie-t-il vraiment une défaite profonde des principes démocratiques pour lesquels les gens se sont battus et sont morts ?

Nous pouvons considérer le terrorisme comme une attaque contre nos « valeurs » – ou nous pouvons rejeter ce récit. Nos valeurs ne sont pas menacées par ces attaques, elles sont menacées par notre réponse à celles-ci. Il est maintenant urgent que nos dirigeants soient tenus aux idéaux républicains qu’ils prétendent représenter.
 

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Malotru

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Nos valeurs ne sont pas menacées par ces attaques, elles sont menacées par notre réponse à celles-ci.
Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle mais sincèrement je trouve cette analyse parfaitement juste. Et trouver ça juste c'est comprendre tout à coup que les attaques terroristes sont à double effet, celui de l'attaque lui même qui cherche à nous terroriser et l'effet encore plus pervers et peut être même plus dangereux et destructeur qui consiste à déstabiliser notre société par les réponses apportées par l'état (et non par une islamophobie grandissante).

Plus il y a d'attaques perpétrées par des islamistes plus la population se braque contre l'islam et les musulmans et plus les politiques, toujours prompt à ratisser large pour les prochaines élections, apportent des réponses qui ne feront que diviser et stigmatiser. Au final, certains parmi la population stigmatisée se radicalisent.

C'est comme si la boulangère au bas de chez moi me disait chaque matin que je lui ai volé un croissant alors que ce n'est pas vrai. Une semaine, un mois, un an... Au bout d'un moment je vais lui voler son croissant !! Quitte à me faire traiter de voleur autant profiter d'un croissant gratos !!
 

Jérôme

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Joli paraphrase de sa conclusion ! Mais je conteste l'idée que stigmatiser une population l'entraine vers le pire et notamment vers ce pourquoi elle est stigmatisée. Un islamiste kamikaze ça ne court pas les rues et ça ne se lobotomise pas en quelques jours, n'importe quel musulman n'a pas un terroriste enfoui en lui qui ne demande qu'à surgir au son de la stigmatisation voir même du blasphème.

Les conséquences de la stigmatisation sont tout aussi terrible si on y regarde de plus près : le communautarisme, une chienlit qui empêche l'intégration sociale et divise la nation.
 
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