politique Une présidence Le Pen en France serait un plus grand désastre que le Brexit ou Trump

La campagne présidentielle s'est endormie pendant de longues semaines.

Dans les derniers jours avant le premier tour de ce dimanche elle s'est réveillé dans une sorte de somnambulisme qui nous amène vers une calamité, la victoire de la candidate d'extrême droite.

Marine Le Pen présidente le 24 avril est loin d'être certain. D'ailleurs ce serait sans doute un plus grand désastre pour la France que le Brexit ne l'a été pour la Grande-Bretagne ou que Donald Trump ne l'a été pour les États-Unis.

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Marine Le Pen - rappelons-le - veut faire de Vladimir Poutine un allié, discriminer les étrangers, interdire aux femmes musulmanes de porter le voile en public, désobéir aux règles et suspendre certains paiements français à l'Union Européenne. Son programme économique est incohérent et contradictoire. Personne dans son parti, au bord de la faillite, ne pourrait gérer un stand de bulots et encore moins un ministère.

L'arithmétique électorale en France est étrange. Il y a certainement une majorité dans le pays qui aimerait simplement se défaire du président Emmanuel Macron. Je doute qu'il y ait une majorité qui veuille réellement que Marine Le Pen - pro-Poutine, anti-européenne, politiquement rusée mais fondamentalement paresseuse et incompétente - devienne présidente de la République à un moment où se dessine pour la France et l'Europe une longue crise économique en rapport avec la situation en Ukraine.

La France est, en quelque sorte, hissée sur la fragilité et les dangers de son système électoral binaire et sa tendance pathologique à détester le dernier homme politique national qu'elle a élu. Aucun président n'a été réélu depuis 20 ans.

Une « alternance » permanente entre droite molle et gauche molle semblait anodine jusqu'à ce que le pays en ait marre des échecs en série des deux. Les anciennes « familles » gouvernantes de gauche et de droite détiennent actuellement 10 % du vote national à elles deux – 2 % pour le Parti socialiste de centre gauche et 8 % pour les Républicains de centre droit.

Leur quasi disparition a laissé le choix entre une tentative mal comprise et mal vendue mais partiellement réussie de réformer le statu quo et une destruction mal pensée du consensus français tolérant et pro-européen d'après-guerre. La France votera probablement au deuxième tour le 24 avril pour a) une extrémiste incompétente se faisant passer pour la mère de la nation sympathique et pragmatique ou b) un jeune président qui est - à tort selon moi - largement détesté et vu comme une marionnette des grandes entreprises internationales et des «riches».

Macron a commis de nombreuses erreurs au cours des cinq dernières années, mais il a ramené le chômage à son plus bas niveau en près de deux décennies (7,4%). La réponse des électeurs français ? Reconnaissance ? Reconnaissance ? Non. Le chômage, autrefois la préoccupation numéro un ou numéro deux des électeurs, est passé au 14e rang !

Il y a éventuellement une possibilité que le candidat d'extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, devance Le Pen pour une place dans le second tour. Si tel était le cas, tous les sondages suggèrent que Macron le battrait facilement. Mais ce n'est pas le cas s'il affronte Marine Le Pen. Plus maintenant.

Un sondage ne donne désormais à Macron qu'une avance de 2 points au deuxième tour. La moyenne de tous les sondages lui donne une avance de huit points – 54 % contre 46 %. Il y a un mois, son avance sur Marine Le Pen était de 12 points. Au premier tour de dimanche, l'avance moyenne de Macron est désormais de 5 points - 27 % pour lui, 22 % pour Le Pen et 16 % pour Mélenchon. Tous les neuf autres sont en chiffres simples. Il y a un mois, Macron était à 30 % et Le Pen à 16 %.

Que diable s'est-il passé ?
À certains égards, les chiffres sont trompeurs. Le candidat d'extrême droite rival de Marine Le Pen, Eric Zemmour, s'est effondré depuis que la Russie a envahi l'Ukraine. De 16 % en janvier, Zemmour est maintenant tombé à 8-9 %. Ses intentions de vote sont revenus à Marine Le Pen. Dans l'ensemble, le vote d'extrême droite reste inchangé à 32-34 %.

Macron est tombé de son pic de 31% d'intention de vote après l'invasion de l'Ukraine par la Russie mais il reste en avance sur sa moyenne à long terme pré-ukrainienne de 23-24 %. La « poussée » de Le Pen est donc en partie une illusion mais la dynamique est le plus grand atout de la politique électorale. L'élan crée l'élan.

Le nombre de personnes déclarant qu'elles voteront définitivement dimanche est passé de 67% à 71% dans certains sondages. Les électeurs supplémentaires pourraient bien être pondérés vers les catégories sociales les plus jeunes, les plus pauvres et les moins éduquées qui se présentent à contrecœur mais votent massivement pour Le Pen s'ils le font.

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Il y a quelques semaines, alors que Macron était loin devant, ils ne voyaient aucune raison de voter. Maintenant, ils le pourraient. Il faut dire aussi que Le Pen a mené une campagne habile et que Macron a manqué d'énergie et de concentration depuis qu'il s'est arraché tardivement à la crise ukrainienne et s'est officiellement engagé dans la course. Marine Le Pen a choisi les prix élevés et les bas salaires comme champ de bataille bien avant que la crise ukrainienne ne fasse monter en flèche les prix du carburant et de certaines denrées alimentaires. Contrairement à Zemmour, elle n'a souffert que brièvement (jusqu'à présent) de la sauvagerie russe en Ukraine et de son idolâtrie de longue date envers Poutine.

Elle avait initialement voulu faire de son amitié avec le cher Vladimir un argument de vente. Il y avait une photo de Poutine dans un tract de campagne de Le Pen qui a dû être déchiquetée par milliers. La campagne de Macron ne fait que rappeler aux électeurs l'axe Le Pen-Poutine et le fait qu'elle désapprouve les sanctions sévères contre la Russie et les livraisons d'armes à l'Ukraine.

Le président Macron, jusqu'à ces derniers jours, a mal évalué sa campagne, soit par excès de confiance et épuisement, soit par une combinaison des deux. Il montre enfin un certain appétit pour le combat. C'est l'une des raisons de croire que la campagne de deux semaines du deuxième tour aura une ambiance et une dynamique différentes. La casserole Poutine de Le Pen va refaire surface. L'incohérence de son programme économique se précisera.

Malgré les discussions sur la disparition du «Front républicain» pour geler l'extrême droite, les dirigeants de gauche et de droite (à quelques exceptions près) s'entasseront derrière Macron et contre Le Pen au second tour. Au premier tour, les électeurs français se font plaisir. Au second tour, ils choisissent la personne qui semble la mieux armée pour être chef de l'État (qui peut alors être détestée pendant les cinq prochaines années).

Tout dépend des scores du premier tour. Si Le Pen est juste derrière Macron ou arrache la première place, son élan sera maintenu. Si Macron obtient une large d'avance, son élan peut être freiné.

Ma prédiction : je pense que Macron sera réélu mais ce sera presque déprimant.
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À propos de l'auteur ou du traducteur
Regionalis
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BB Red
Je doute qu'il y ait une majorité qui veuille réellement que Marine Le Pen - pro-Poutine, anti-européenne, politiquement rusée mais fondamentalement paresseuse et incompétente.
Merci pour cette belle analyse, vous nous direz, messieurs John Lichfield et Franck Cassapino, sur quelles éléments vous vous basez pour tirer une telle conclusion... On avait bien besoin d'un anglais pour nous faire comprendre la politique française...
 
Nicolas
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Te fâche pas elle peut gagner ! Les derniers sondages plaident en sa faveur, elle remonte ta favorite...

Sinon pour illustrer le rapport Le Pen-Poutine j'aime bien cette photo où elle apparait dans un triptyque du tonnerre !

POUTINE - LE PEN - TRUMP
 
G
Réponse navrante. Toujours un beau bordel...
Quel bordel ? Le plus beau pays du monde, la meilleure cuisine du monde, le meilleur système de santé du monde, une culture parmi les plus rayonnante du monde, le réseau autoroutier parmi les plus développés du monde, le réseau ferroviaire parmi les meilleurs du monde, la sixième puissance mondiale, le pays le plus visité du monde, la paix, la liberté... Oui on trouvera toujours à redire, on est français c'est le sport national, mais bordel ! Regardez autour de vous et profitez un peu de la chance qu'on a de vivre dans ce pays...
 
Carole
Personne dans son parti, au bord de la faillite, ne pourrait gérer un stand de bulots et encore moins un ministère.
Ils ont de l'humour les anglais. Un stand de bulots.
Quoiqu'il en soit jusqu'à présent je ne trouve pas que MLP ait les épaules pour un tel poste, elle a beau dire qu'elle est arrivé à maturité je la trouve trop fragile sur la géopolitique et l'économie. Et en ces temps qui courent j'ai l'impression que ce sont deux sujets que l'on a intérêt à maitriser.
 
Grand Pa
Le plus beau pays du monde, la meilleure cuisine du monde, le meilleur système de santé du monde, une culture parmi les plus rayonnante du monde, le réseau autoroutier parmi les plus développés du monde, le réseau ferroviaire parmi les meilleurs du monde, la sixième puissance mondiale, le pays le plus visité du monde, la paix, la liberté...
Mais t'as oublié l'essentiel, le plus beau plateau de fromages du monde ! (surtout avec le fromage corse).
Pour en revenir au sujet, MLP prend position pour un second face à Macron, elle aura appris de son catastrophique débat d'entre deux tours de 2017 et pourrait être plus convaincante. Mais je ne crois pas que les français soient prêt à franchir le pas de l'extrémisme. Verdict dimanche soir pour les finalistes et le 24 pour le finale.
 
BB Red
À force d'emmerder les français, de dilapider des milliards pour des conseils qui ne servent à rien ou presque, de faire une politique pro-riches et de nous embarquer dans une Europe qui nous prive de plus en plus de nos droits il se pourrait que dimanche soir nous ayons une surprise à la hauteur de ce qui se joue lors de cette élection: le maintien de notre souveraineté nationale. On vous a pas assez pris pour des imbéciles ? Vous voulez vous en manger encore 5 ans ?
 
G
Oui s'il vous plait. Tout sauf Marine...
C'est pas encore fait !

Vous voulez vous en manger encore 5 ans ?
Et MLP qu'est-ce qu'elle va nous faire manger elle ? Elle promet la retraite à 60 ans en disant que ça coutera 9 milliards mais en réalité un départ à la retraite à cet âge là c'est 26 milliards le coût ! Rien que cette promesse est une catastrophe économique. Elle veut s'affranchir de l'UE ? Tu as remarqué la guerre en Ukraine ? Et comme il est difficile de se défendre quand on est seul ? Ni dans l'OTAN ni dans l'UE. C'est une catastrophe son programme, c'est pas comme le cochon, rien est bon dans Marine !
 

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Regionalis
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